Il est 8 h 40 un mardi de mai, et je suis déjà en train de rater mon propre planning. Je voulais être à la Co-cathédrale Saint-Jean avant l'ouverture, sauf que j'ai pris le mauvais bus à la sortie de l'auberge et je me retrouve à Floriana, à regarder les remparts en me demandant combien de temps on peut bien perdre à Malte quand on a quatre jours devant soi et zéro voiture de location.
Réponse courte : beaucoup. Réponse utile : moins qu'on ne croit, à condition d'arrêter de vouloir tout cocher. Malte en quatre jours, c'est le format que je recommande à quiconque me demande conseil, parce qu'il permet de voir l'essentiel sans courir, et surtout sans passer ses journées dans des bus bondés à traverser une île qui fait 27 kilomètres de long.
Ce que je vais vous raconter ici, ce n'est pas un itinéraire théorique recopié d'une brochure. C'est ce que j'ai fait, ce que j'ai raté, et les arbitrages que je referais différemment.
Points clés à retenir
- Quatre jours couvrent La Valette, Mdina, les falaises de Dingli, Gozo ou Comino, et la côte sud — pas plus.
- Une seule base d'hébergement, à La Valette ou à Sliema, et on rayonne en bus. La voiture est un piège dans la capitale.
- Comino et Gozo le même jour, c'est possible sur le papier, épuisant dans les faits. Choisissez.
- Les ferries et les entrées des sites archéologiques se réservent à l'avance en haute saison.
- Le Blue Lagoon avant 10 h ou après 16 h. Entre les deux, c'est un parc aquatique sans toboggans.
- Trois jours suffisent pour un aperçu. Cinq jours, c'est le confort. Entre les deux, quatre.
Quatre jours à Malte : ce que ça donne vraiment, jour par jour
Un ami m'avait dit : « Malte, tu la fais en trois jours et tu rentres bronzé. » Il avait tort sur les deux points. La bronzette, on oublie quand on passe la moitié du séjour sur des remparts balayés par le vent, et les trois jours, c'est le format qui laisse le goût de « j'aurais dû rester un jour de plus ».
Jour 1 : La Valette, la capitale qui tient debout sur ses murs
La Valette fait moins d'un kilomètre carré. On le sait, et pourtant on ne le réalise qu'au bout de trois heures de marche à se dire « tiens, un autre escalier ». La ville est bâtie en pente, avec des ruelles qui montent et descendent sans prévenir, et des églises à chaque coin de rue.
Ce que je ferais une nouvelle fois sans hésiter :
- La Co-cathédrale Saint-Jean. Le plafond et les toiles du Caravage valent à eux seuls la matinée. Réservez en ligne, j'ai vu la file dépasser la place à midi en avril.
- Les Upper Barrakka Gardens, et le canon qui tire à midi et à 16 h. Spectaculaire une fois, inutile la deuxième.
- Une glissade vers les Lower Barrakka par les escaliers, pour la vue sur les Trois Cités.
- Le Fort Saint-Elme et son musée de la guerre si vous avez le temps. C'est là que j'ai perdu deux heures par erreur, et je ne regrette rien.
Le piège du Jour 1, c'est de vouloir tout enchaîner. La Valette, ça s'avale lentement. J'ai fait l'erreur de m'imposer un timing serré, et j'ai fini à 16 h avec les jambes en compote et l'impression d'avoir visité une galerie de photos.
Jour 2 : Mdina, Rabat et les falaises de Dingli
Dire que Mdina est « la ville silencieuse » est un cliché, mais il est vrai. Du moins tant que les dix bus touristiques ne sont pas arrivés.
Allez-y avant 10 h. J'insiste. À 11 h, la rue principale de Mdina ressemble à un couloir de lycée, et les photos « vue déserte sur les toits » deviennent des selfies collectifs. La différence entre mon passage à 9 h 15 et celui de mon amie à 13 h : je n'ai vu personne, elle a attendu vingt minutes pour un café.
Le détail logistique qui a changé mon séjour : Rabat est collée à Mdina, à 5 minutes à pied. C'est là qu'on trouve les restaurants à prix normaux, pas dans Mdina intra-muros. Un pastizzi chaud à 2 euros, un café, et on repart.
L'après-midi, cap sur les falaises de Dingli. Le bus depuis Rabat met environ 20 minutes. La vue est saisissante : une falaise calcaire de plusieurs dizaines de mètres qui plonge vers la mer, et un vent qui vous rappelle que vous portez une casquette. Il faut y aller, et il faut prévoir un coupe-vent même en juin.
Jour 3 : Gozo ou Comino ? Le choix qu'il faut assumer
Voilà la vraie décision d'un séjour de quatre jours. Et franchement, personne ne vous le dit clairement dans les guides : faire Gozo et Comino le même jour est une hérésie logistique, pas une prouesse. Les ferries circulent, oui, mais on passe plus de temps sur l'eau qu'à terre.
| Critère | Comino (Blue Lagoon) | Gozo |
|---|---|---|
| Trajet depuis le nord de Malte | Ferry rapide, courte traversée | Ferry de Cirkewwa, traversée un peu plus longue |
| Durée de visite idéale | Une demi-journée à une journée farniente | Une journée complète, voire deux |
| Ce qu'on y fait | Baignade, snorkeling, farniente | Citadelle Victoria, temples Ġgantija, villages, plages |
| Fréquentation en été | Très forte à la mi-journée | Modérée, sauf à la Citadelle |
| Pour quel profil | Baignade, farniente, eaux turquoise | Patrimoine, paysages, randonnée |
| À quel point c'est incontournable | Iconique, mais saturé | Sous-estimé, à privilégier hors baignade |
Mon conseil, et je l'assume : si vous visitez Malte entre juin et septembre, fuyez le Blue Lagoon à la mi-journée. Y arriver à 9 h ou après 16 h transforme l'expérience. Si vous êtes plutôt culture et randonnée, Gozo gagne haut la main, avec ses temples mégalithiques qui précèdent les pyramides d'Égypte — excusez du peu.
Et si vous n'avez pas de voiture ? Le réseau de bus maltais est dense et bon marché, mais les correspondances vers Cirkewwa en haute saison peuvent être longues. Comptez large.
Jour 4 : temples préhistoriques et côte sud
Trois temples néolithiques classés à l'UNESCO, dont les fameux Ħaġar Qim et Mnajdra, posés face à la mer sur la côte sud. On y va tôt, on prend le bus depuis La Valette, et on passe deux à trois heures sur place. Le site est saisissant, et le vent y est encore plus fort que sur les falaises.
L'erreur que j'ai commise : ne pas avoir réservé l'Hypogée de Ħal Saflieni. C'est un site souterrain à accès limité, et les places partent des semaines à l'avance en saison. Renseignez-vous avant de partir, pas la veille.
L'après-midi, cap sur Marsaxlokk pour le marché aux poissons et les bateaux de pêche colorés, ou sur la côte sud-est pour les criques peu fréquentées. C'est la journée idéale pour ralentir.
Malte en quatre jours sans voiture : le vrai test
J'ai fait mes quatre jours entièrement en bus et à pied. Résultat : zéro regret, deux ampoules, et un constat net.
- Les bus sont fréquents sur les axes principaux, moins sur la côte sud.
- La Valette est piétonne et pentue : chaussures plates obligatoires.
- Louer une voiture pour se garer à La Valette relève de la gageure. Le stationnement y est rare et cher.
- Les ferries vers Gozo et Comino sont une alternative agréable aux trajets en bus depuis le nord.
Si vous avez quatre jours et pas de voiture, ne cherchez pas à tout rattraper. C'est le meilleur moyen de finir crispe et épuisé. Choisissez trois zones par jour maximum.
Les questions qu'on me pose le plus souvent sur Malte
Est-il possible de visiter Malte en 4 jours ?
Oui, et quatre jours permettent même d'aborder l'essentiel de l'archipel : temples néolithiques, capitale baroque classée à l'UNESCO, une île quasi déserte aux eaux turquoise et des falaises calcaires. En prenant La Valette comme base de départ, on couvre La Valette, Mdina et Rabat, Dingli, puis Gozo ou Comino, et la côte sud avec ses temples. Ce n'est pas exhaustif, mais c'est largement suffisant pour avoir une vraie vision de Malte.
Quelles sont les choses à faire absolument à Malte ?
La Valette et sa Co-cathédrale Saint-Jean, Mdina et sa lumière particulière, les falaises de Dingli, le site de Ħaġar Qim et Mnajdra, et une journée sur Gozo ou à Comino. À quoi j'ajoute Marsaxlokk, pour le port et les restaurants de poisson. Si vous ne deviez faire qu'une seule chose : Mdina à 9 h du matin, avant les bus.
Est-ce que 3 jours suffisent pour visiter Malte ?
Trois jours suffisent pour un aperçu, mais pas pour un vrai séjour. Il faut sacrifier quelque chose : soit Gozo, soit les temples, soit la côte sud. Si vous n'avez que trois jours, je conseille de concentrer sur La Valette, Mdina et Gozo, et de laisser tomber Comino. Vous reviendrez pour le reste.
À quoi faut-il faire attention à Malte ?
Trois points, concrets. Le soleil, d'abord : on se brûle vite, même en mai, et les marchés aux alentours de la Co-cathédrale ne vendent pas toujours de la crème. Les horaires des musées ensuite, qui ferment souvent tôt, parfois dès 16 h 30. Enfin la foule au Blue Lagoon en été, qui transforme une carte postale en embouteillage nautique. Et un dernier point : prévoyez du liquide pour les petits commerces et les pastizzi, tous ne prennent pas la carte.
Ce qui reste quand on repart de Malte
Je repense souvent à ce mardi matin où j'ai raté mon bus à Floriana. J'ai fini par m'asseoir sur un muret, face aux remparts, et j'ai regardé la mer. C'est peut-être le plus beau moment du séjour, et il n'était pas dans mon planning.
Malte, c'est un pays qui se laisse apprivoiser lentement, à condition d'accepter d'y perdre un peu de temps. Quatre jours, c'est juste ce qu'il faut pour ne pas avoir à choisir entre le patrimoine et la baignade — mais aussi pour repartir avec l'envie d'y revenir, hors saison, quand les bateaux sont vides et que les falaises sont pour vous seul.