Le compteur de mon vélo affichait 412 kilomètres quand je suis arrivé à Sault, et j'avais encore une chambre d'hôte réservée à 18 heures. J'ai posé le pied à terre, j'ai regardé la vallée en dessous, et je me suis dit une chose très simple : les villages de Provence ne se visitent pas en voiture. On les traverse à 15 km/h, on s'arrête pour un café qu'on n'avait pas prévu, on repart avec des courbatures et l'impression d'avoir volé quelque chose au temps.
Ce guide, c'est mon itinéraire. Pas celui d'un catalogue de séjour clés en main, pas la liste des vingt villages du Luberon qu'on retrouve partout. Un tracé que j'ai fait, refait, raté une fois, et que je referais demain. Avec les kilométrages réels, les dénivelés qui font mal, les portions où le bitume est pourri et celles où l'on croit rêver.
Points clés à retenir
- Un itinéraire de 5 étapes entre Ventoux et Luberon, environ 230 km, bouclable en 4 à 6 jours
- Le dénivelé cumulé compte plus que la distance : 2 800 m sur l'ensemble, concentrés sur deux journées
- Les petites routes départementales sont souvent sans aménagement cyclable : ~30 % du tracé seulement sur voie protégée
- Partez tôt. Vraiment tôt. Le mistral et la chaleur décident à votre place après 14 heures
- Un vélo de randonnée avec pneus de 35 mm passe partout ; un vélo de route pur souffre sur trois portions
L'itinéraire vélo pour découvrir les villages de Provence : le tracé, étape par étape
Je ne vais pas vous vendre du rêve avec des noms de villages mythiques. Le tracé que je propose part de Carpentras, grimpe vers le Ventoux, bascule dans la vallée du Toulourenc, redescend vers Sault, file à l'est jusqu'à Simiane-la-Rotonde, puis termine en douceur dans le Luberon par Banon et Apt. C'est une ligne brisée, pas un tour complet.
Pourquoi ce choix ? Parce que la Provence Verte, celle qu'on traverse dans le Vaucluse nord et les Alpes-de-Haute-Provence, concentre à peu près tout ce que je viens chercher à vélo : villages accrochés à des éperons rocheux, routes quasi vides en semaine, et cette lumière de fin septembre qui rend même les photos de smartphone supportables.
Étape 1 — Carpentras vers Bédoin (18 km, 320 m de dénivelé)
Journée d'échauffement. On longe les vignes du Ventoux, on passe devant des coopératives viticoles, et on arrive à Bédoin avant que le corps comprenne qu'on est en vacances. Le village est le camp de base classique pour grimper le géant, mais ce n'est pas le sujet ici. Ce qui m'intéresse, c'est la route qui monte vers le col de la Madeleine par la face nord : ombragée, sinueuse, avec des passages à 8 % qui font regretter les 18 kg de bagages.
Étape 2 — Bédoin, Sault par le Toulourenc (55 km, 1 050 m de dénivelé)
L'étape reine. On quitte Bédoin par le hameau des Basses-Combes, on file vers Mollans-sur-Ouvèze, puis on entre dans la vallée du Toulourenc — une gorge étroite où la route est si peu fréquentée que j'ai mis vingt minutes avant de croiser une seule voiture.
Le passage à gué sur le Toulourenc, quand l'eau est basse, se fait à pied. J'ai essayé de le franchir en selle une première fois. J'ai fini avec les chaussures trempées et la chaîne qui grinçait jusqu'à Sault. Ne faites pas ça.
Étape 3 — Sault vers Simiane-la-Rotonde (38 km, 720 m)
La partie la plus sinueuse et, franchement, ma préférée. La route D30 traverse des champs de lavande à perte de vue (fin juin, c'est violet ; fin septembre, c'est déjà fauché, ne vous attendez pas au cliché). Simiane-la-Rotonde mérite son arrêt : son château circulaire, la vue depuis la terrasse, et une boulangerie qui fait un pain aux olives qui vaut à lui seul les 720 mètres de dénivelé.
Étape 4 — Simiane vers Banon (42 km, 540 m)
Journée plus roulante. On bascule vers le plateau d'Albion, on traverse Revest-du-Bion, puis Banon. C'est le bourg où j'ai cassé une chaîne pour la première fois de ma vie de cycliste (un maillon rapide mal refermé). Le petit atelier à côté de l'église m'a dépanné en vingt minutes pour 12 €. Je ne dirai rien de la qualité du café servi ensuite. Soyons polis.
Étape 5 — Banon vers Apt par le Luberon (48 km, 470 m)
La descente finale est cruelle pour ceux qui espéraient un finish tranquille : ça remonte, ça redescend, ça remonte encore. Mais on termine à Apt, ville plus grande, plus animée, avec un marché le samedi matin où l'on peut s'acheter de quoi se remettre de la journée. Fin d'itinéraire.
Combien de jours, quel niveau ? Le tableau honnête
J'ai croisé assez de cyclistes déçus pour savoir que la plupart des itinéraires annoncés « faciles » ne le sont pas pour un pratiquant occasionnel. Voici ma lecture réelle, sans filtre marketing.
| Profil | Durée conseillée | Kms/jour | Ce qui change vraiment |
|---|---|---|---|
| Famille avec enfants (8-14 ans) | Trajet non recommandé en entier | 20-25 | Faire uniquement l'étape 1 et une boucle autour de Bédoin |
| Cycliste occasionnel | 6 jours | 35-40 | Découper l'étape 2 en deux avec nuit à Mollans-sur-Ouvèze |
| Pratiquant régulier | 4 jours | 55-60 | Le tracé tel quel fonctionne |
| Cyclosportif | 2 jours | 115 | Possible, mais vous ne verrez rien des villages |
Ce tableau n'est pas une vérité universelle. J'ai vu des familles faire l'étape 2 en deux jours avec un enfant de dix ans en remorque. Et j'ai vu un gars équipé comme pour le Tour de France abandonner après Sault. Le dénivelé n'est pas la seule variable — le vent l'est tout autant. Une journée à 40 km/h de mistral de face transforme une étape de 50 km en cauchemar.
Et la piste cyclable du canal de Provence, on en fait quoi ?
Bon, il faut que je sois clair : mon itinéraire emprunte très peu d'aménagements cyclables protégés. Peut-être 30 % du tracé. Le reste, ce sont des routes départementales et des petites routes communales où l'on partage la chaussée avec les voitures.
La bonne nouvelle, c'est que le trafic y est faible en semaine. La mauvaise, c'est qu'un samedi de juillet, les camping-cars remontent le Ventoux par la même route. J'ai déjà descendu une portion à 55 km/h derrière un camping-car qui freinait à chaque virage. Danger réel, prudence maximale.
Comment tracer un itinéraire vélo gratuit en Provence ?
Trois outils font le job sans que vous sortiez la carte bleue. Geovelo propose un calcul d'itinéraire cyclable bien pensé pour la France, avec un mode « sécurité » qui privilégie les routes calmes. Openrunner reste une valeur sûre pour tracer à la main et exporter en GPX ; l'interface est datée mais fonctionnelle, et le fond de carte IGN est gratuit. Enfin, l'application Komoot a un mode « gravel » qui m'a sorti de deux impasses sur mes repérages, mais ses suggestions automatiques empruntent parfois des sentiers agricoles privés. Vérifiez toujours en vue satellite avant de partir.
Sur mon dernier repérage, j'ai fait confiance aveuglément à un tracé automatique qui m'a envoyé dans un chemin de traverse fermé par une barrière. Retour en arrière, 8 km dans les dents. Depuis, je vérifie chaque jonction en Street View.
Quand partir, et à quoi s'attendre côté météo
Deux fenêtres. Fin avril à début juin, quand la lavande n'est pas encore fleurie mais que les températures restent sous les 25 °C. Et septembre-octobre, ma période préférée : la lumière est rasante, les villages sont moins pleins, et le mistral est plus supportable qu'en juillet.
Évitez août. Sauf si vous aimez transpirer sur du bitume à 38 °C en croisant des files de voitures. Le vent, lui, reste imprévisible toute l'année : un jour à 40 km/h de face peut vous faire perdre deux heures sur une étape prévue.
Sécurité et revêtement : les portions à connaître
- Le tunnel de la Nesque, si vous l'ajoutez au tracé, est interdit aux vélos par arrêté dans sa portion étroite. Renseignez-vous localement
- Trois portions de route ont un revêtement dégradé : la descente du col de la Madeleine côté Sault (nids-de-poule sérieux), et deux tronçons entre Simiane et Revest-du-Bion
- Prévoyez des pneus de 35 mm minimum. Avec du 25 mm, vous allez casser des rayons
- Les gilets fluo sont obligatoires hors agglomération de nuit, et franchement recommandés dans les passages ombragés
Où dormir, où manger : ce qui a marché pour moi
Pas de liste d'adresses sponsorisées ici, seulement ce que j'ai testé. À Bédoin, une chambre d'hôte à 68 € la nuit avec garage à vélos — indispensable. À Sault, un hôtel familial sans prétention, petit-déjeuner à 7 h pour prendre la route avant la chaleur. À Banon, gîte communal, un peu spartiate mais propre, avec un vrai local fermé.
Le repas qui m'a le plus marqué, curieusement, n'était pas dans un restaurant étoilé mais sur une table d'hôte à Simiane, avec trois autres cyclistes croisés au col la veille. On a partagé une daube et deux cartes de randonnée tachées de graisse. C'est aussi ça, l'itinéraire vélo : les rencontres qui n'étaient pas prévues.
Budget total pour cinq jours, en dormant en chambre d'hôte et en mangeant simplement : 380 € par personne, vélo de location compris pour un des participants. Moins cher qu'un séjour organisé, plus fatigant, mille fois plus vivant.
Alors, ce compteur à 412 kilomètres ? Il ne raconte rien de la vue depuis Simiane au coucher du soleil, ni du silence dans le Toulourenc, ni du type qui m'a tendu un maillon rapide à Banon en me disant « c'est arrivé à tout le monde ». Le vrai gain d'un itinéraire vélo en Provence n'est pas dans le nombre de villages cochés sur une liste. Il est dans cette impression, en haut d'un col, que tout va un peu plus lentement que d'habitude — et que ça tombe bien.